jeudi 17 avril 2014

La bérézina de la presse quotidienne belge francophone

Enfermée dans un système économique dépassé, la presse est le bec dans l’eau et peine à respirer. La dernière étude du CIM pour 2012 est sans appel et les ventes digitales ne comblent pas les pertes.

En matière de chiffres d’audience en presse, comme dans bien d’autres secteurs, chacun prêche pour sa chapelle. Résultats : depuis la semaine dernière, on a droit à des audiences partielles, des confusions de données et les données chiffrées des ventes digitales sont accompagnées d’un « tout va bien Madame la Marquise ». Indépendant de tout groupe de presse ou audiovisuel, Tuner.be fait la clarté sur les ventes de la presse quotidienne belge francophone…

Coup d’œil sur le nombre d’exemplaires achetés sous format papier, c’est-à-dire la diffusion payante papier. C’est le journal économique L’Echo qui essuie la plus grande perte : -11,53% d’exemplaires vendus en moins par rapport à 2011. Il faut tout de même faire remarquer que sa cible est déjà restreinte à la base et qu’il n’y a pas de tirage pour le lundi (les bourses étant fermées le weekend). Le groupe Sud Presse, quant à lui, voit ses ventes papier diminuer de 7,92%, soit 8544 exemplaires de moins sur un an. Le quotidien populaire et axé sports, la Dernière Heure/Les Sports, a enregistré une diminution de ses ventes papier de 6,66%. Quant aux quality papers, ils baissent de manière presque équivalente : Le Soir -4,62% et La Libre Belgique -4,24%. Pour le journal L’Avenir, c’est -2,56% d’exemplaires papier vendus en moins. Enfin, le journal germanophone de notre pays, Grenz Echo ne subit qu’une légère baisse de ses ventes, -1,3%.

Au niveau des exemplaires exclusivement digitaux (ceux vendus avec un abonnement papier ne sont pas inclus), tous les quotidiens surfent sur la tendance du moment de lire son quotidien sur sa tablette, son Smartphone ou son ordinateur. On soulignera ici que les lecteurs sont de plus en plus nombreux à s’abonner à la presse dite de qualité, Le Soir et La Libre Belgique. Enfin, les journaux du groupe Sud Presse ont subi une envolée de leurs ventes digitales.

Le format digital a conquis certains publics de quotidiens, mais ne permet pas encore de combler le manque à gagner. Au final, si l’on totalise les ventes des exemplaires format papier et numérique, c’est le journal Le Soir qui s’en sort le mieux avec seulement une perte de -0,35%. Suit le titre L’Echo avec -0,49%. L’Avenir et La Libre perdent tous les deux -2,4%. L’ensemble des journaux Sud Presse, -6,21%. C’est La DH/Les Sports qui a enregistré la plus forte chute de ses ventes, à savoir -6,08% entre 2011 et 2012.

La chute des ventes des journaux n’est évidemment pas une tendance récente. Si l’on se penche sur les chiffres des ventes des exemplaires papier de ces dernières années, c’est l’hécatombe… Les ventes se sont effritées chaque année un peu plus. L’année 2009 marque un coup dur pour la Dernière Heure/Les Sports. L’autre journal du groupe IPM, La Libre Belgique, a sa diffusion qui dégringole lentement. Sud presse, qui avait une diffusion juste en dessous de la barre des 140.000 exemplaires en 2001, passe désormais en dessous des 100.000 exemplaires en 2012. Le journal de référence Le Soir, lui, a terriblement chuté en un an mais est en réalité en chute libre depuis bien longtemps… Il n’y a que l’Echo et le Grenz Echo qui restent relativement stables au fil des années.

Alors, même si certains diront que le digital est l’avenir de la presse, il n’en reste pas moins que le produit vendu n’est pas le même. La dématérialisation du journal ne donne pas les mêmes sensations, ne permet pas une même lecture et est surtout synonyme de perte d’emplois dans les imprimeries et dans le circuit classique de la distribution (points de vente, logistique, etc.)… C’est donc plutôt un avenir incertain qui se profile à l’horizon pour la presse chez nous.

DB
damien@tuner.be

Photo © D.B.

Comments Closed

Voir la version mobile de la page