D'un point de vue technique, plusieurs experts en la matière s'accordent sur la même conclusion: la couverture des radios francophones est définitivement défavorisée par rapport aux radios flamandes. Et moins bonne que celle des radios publiques.
"Plus aucune radio francophone ne couvrira correctement Bruxelles". Tel est le premier constat alarmant d'un technicien radio au moment d'interpréter les premières données techniques qui concernent plusieurs fréquences bruxelloises. Manifestement, seule la radio du réseau communautaire N°1 pourra bénéficier d'une couverture correcte, mais néanmoins
"bien moins bonne qu'aujourd'hui, ou que la couverture prévue dans le plan de 2004".
Cela s'explique manifestement par des directivités auxquelles sont soumises la plupart des fréquences bruxelloises, afin d'éviter un recouvrement des communes flamandes par des radios francophones.
"Mais rayonner vers le sud quand l'antenne se trouve déjà vers le sud, cela devient problématique" nous fait-on remarquer. A titre d'exemple, la fréquence 103.7 Mhz de Bruxelles aurait un puissant rayonnement en direction .. de la forêt de Soignes. Et vers le centre de Bruxelles, l'atténuation imposée sera telle que, malgré une forte puissance de départ, la radio émettra avec l'équivalent de 19W PAR (en général, cela représente la couverture d'un quartier ou village). Et la fréquence historique de Bel RTL, 104 Mhz à Bruxelles, n'est donc pas épargnée. Avec une importante atténuation vers le Nord (plus importante qu'en 2004), l'opérateur a de fortes chances d'être gêné par la fréquence 104.2 Mhz exploitée par 4FM à Alost.
"Certains opérateurs seront obligés de tricher pour continuer à vivre, avec le risque d'être confronté à l'IBPT". Le cas de la fréquence bruxelloise 104.7 serait apparemment un exemple parmi d'autres de fréquence jugée non exploitable en l'état d'un point de vue commercial.
On souligne également l'existence de nombreux "couloirs" de fréquence, avec d'importantes directivités qui pourraient s'avérer difficiles à mettre en oeuvre en réalité (5kw sur 10° par exemple). Dans la plupart des cas, ces phénomènes s'observent le long de frontières linguistiques.
Ce face-à-face Nord/Sud pourrait s'expliquer par le fait que les wallons n'ont jamais demandé de restrictions à la Communauté Flamande lors de la mise en oeuvre du plan flamand. Dans le cas présent, de nombreuses restrictions ont par contre été imposées et négociées avec la Communauté Flamande.
En province également, la première analyse ne semble pas favorable au plan. Le réseau du Brabant Wallon contiendrait une importante anomalie technique, avec une couverture insuffisante à Wavre, capitale de la Jeune Province:
"l'expérience a démontré plusieurs fois qu'un émetteur à Corbais ne permet pas de couvrir la vallée de Wavre". La fréquence de Perwez, à la frontière de la province de Namur, possède de fortes contraintes directionnelles vers .. Namur.
Outre les aspects techniques, d'autres s'interrogent sur la partialité des techniciens de la Communauté Française. Certaines fréquences - principalement indépendantes - seraient en effet coordonnées sur des terrains privés dont le propriétaire est administrateur d'une radio existante (NDLR: à cet instant, un exemple concret nous a effectivement été communiqué).
Les premières réactions - d'un point de vue technique - ne semblent donc pas en faveur du plan actuel, dont la copie est jugée "pire" que le plan proposé en 2004, et cela même si de nouvelles fréquences ont été ajoutées. La sérénité reste jusqu'à présent de mise auprès des opérateurs, dont la possibilité de garantir définitivement une sécurité juridique pourrait l'emporter sur les anomalies techniques.
Rédigé par Fabien Roch
fabien@tuner.be