Dans un entretien exclusif accordé au magazine Trends-Tendances à paraître ce jeudi 30 avril, Nick Rodwell, directeur de Moulinsart SA et gestionnaire de l’œuvre d’Hergé, se déclare furieux et envisage une action en justice contre l’éditeur des albums de Tintin. Explications.
Un Musée Hergé qui sera inauguré à Louvain-la-Neuve le 22 mai prochain, une adaptation du Secret de la Licorne signée par les géants Steven Spielberg et Peter Jackson, deux millions d’albums vendus chaque année, sans parler du commerce juteux des précieux produits dérivés… A 80 ans, Tintin est plus «business» que jamais et son internationalisation n’en est peut-être, finalement, qu’à ses balbutiements. Car, pour le moment, le chiffre d’affaires de la société Moulinsart qui gère l’exploitation des droits dérivés de l’œuvre d’Hergé tourne régulièrement autour des 16 millions d’euros annuels (les bénéfices nets dépassent les 822.000 euros pour l’exercice 2007-2008). Mais qu’en sera-t-il lorsque le film tant attendu sortira enfin ? S’il devient un succès planétaire de la trempe de Spiderman ou d’Indiana Jones, nul doute que de nouveaux marchés américains et asiatiques s’ouvriront à Tintin avec les conséquences financières que l’on imagine. C’est du moins ce qu’espère Nick Rodwell, directeur de Moulinsart SA et mari de Fanny Vlaminck, seconde épouse d’Hergé qui a hérité des droits sur son œuvre à la mort du dessinateur en 1983.
Dans un entretien accordé au magazine Trends-Tendances à paraître ce jeudi 30 avril, l’homme d’affaires gestionnaire de l’œuvre d’Hergé révèle pourtant que tout n’est pas rose au pays de Tintin. A vrai dire, le torchon brûle entre Moulinsart SA et la maison Casterman. L’objet du litige ? La façon dont l’éditeur gère les droits d’exploitation des albums de Tintin, à l’aube de la grande aventure cinématographique signée Spielberg-Jackson. «J’ai un scoop pour vous, déclare Nick Rodwell à l’hebdomadaire économique. J’estime aujourd’hui qu’il est impossible de travailler avec Casterman. C’est comme si deux personnes étaient mariées, mais que le couple ne fonctionnait plus et que ni l’un ni l’autre ne voulait quitter la maison. Entre Casterman et Moulinsart, c’est la même chose : le mariage ne tient plus. Le contact est minimaliste. C’est excessivement triste !» Et lorsque Trends-Tendances demande à Nick Rodwell s’il envisage dès lors un divorce avec l’éditeur des albums de Tintin, la réponse fuse immédiatement : «Je ne vois pas d’autre solution. On a tout essayé. Le dossier est entre les mains des avocats.»
Chez Casterman, la surprise est totale. Responsable du marketing et des relations avec Moulinsart SA, Simon Casterman tente de minimiser «l’incident» en affirmant qu’«il n’y a pas matière à alimenter ce scoop». Certes, l’homme se dit blessé par les propos de Nick Rodwell, mais il tente avant tout de calmer le jeu : «Je ne peux pas me mettre dans son état d’esprit pour savoir pourquoi il vous a dit ça, déclare Simon Casterman à Trends-Tendances dans son dossier consacré au «Business Tintin». Je peux juste vous dire que nous faisons tout ce que nous devons faire pour respecter l’œuvre d’Hergé comme nous le faisons depuis 75 ans déjà. Je ne vous dis pas que la vie est un long fleuve tranquille et que tout se déroule pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais nous n’avons pas de conflit avéré avec Moulinsart. Mais peut-être que Nick Rodwell aimerait bien avoir aussi les albums de Tintin, je ne sais pas. En tout cas, Casterman n’est pas à vendre.»
Selon Trends-Tendances, 15 à 20% du chiffre d’affaires total de Casterman _ qui s’élevait à 37,6 millions d’euros en 2007 _ concernerait exclusivement l’œuvre d’Hergé, soit une somme évaluée entre 6 et 7,5 millions d’euros. Un joli pactole qui peut effectivement faire l’objet de toutes les convoitises…
Frédéric Brébant
Photo : © Hergé-Moulinsart 2008