Fadila Laanan, Ministre en charge l’Audiovisuel en Communauté française, répond aux questions de Tuner.be. Pour la première partie de notre entretien exclusif, la Ministre revient sur le Plan des Fréquences et ses conséquences dans le paysage radio.
Une reconduction dans les mêmes fonctions, c’est une première pour le portefeuille de l’Audiovisuel ?
C’est vrai que c’est assez exceptionnel ! Je pense même qu’un jour je figurerai dans les livres d’Histoire (rires). C’est surtout le fruit du travail mené durant les cinq années passées à la Culture et à l’Audiovisuel. Le bilan est positif ! J’ai réussi à gérer une série de dossiers qui étaient difficiles. La confiance a été rétablie avec le monde culturel grâce aux Etats généraux de la Culture que j’avais organisé au début de mon premier mandat. Après plusieurs années où il y avait une certaine déconsidération de la part des acteurs de la Culture, ces Etats généraux ont ramené un dialogue, et des décisions concrètes qui ont assaini le secteur et l’ont refinancé.
Vous vous attendiez à récupérer le même portefeuille ministériel ?
Non, j’ai été la première étonnée ! J’avais d’ailleurs déjà vidé l’ensemble de mon bureau et de mon cabinet. Je crois que c’est un signe de confiance que me fait Elio Di Rupo, le Président du Parti Socialiste. En outre, ça va permettre aux acteurs, qui ont déjà travaillé avec moi pendant cinq ans, de savoir très vite comment je fonctionne. Je vais pouvoir terminer les chantiers lancés sous la précédente législature.
Un autre portefeuille vous aurait intéressé, comme l’Enseignement, par exemple ?
Je vous avoue que non ! C’est un des secteurs les plus difficiles à gérer, mais c’est une compétence passionnante. Ma collègue, Marie-Dominique Simonet le fait avec beaucoup de cœur et je pense qu’elle est ravie d’avoir obtenu ce mandat. Il faut savoir aussi que lors de la négociation sur la formation du Gouvernement de la Communauté française, le cdH avait revendiquer l’Enseignement.
Quel bilan donnez-vous au Plan de fréquences 2008 ?
C’est un des chantiers dont je suis la plus fière. Aboutir, alors que tout le monde souriait quand je disais que nous arriverons à mettre en place ce Plan de fréquences. Nous avons réussi à stabiliser le secteur et nous lui avons donné l’opportunité de poursuivre son travail dans la légalité et une stabilité juridique. Aujourd’hui, nous sommes dans la phase d’optimisation. Nous sommes partis d’une « architecture » de fréquences qui n’est certes pas la plus performante pour l’ensemble des opérateurs. L’objectif de ce cadastre est d’optimiser les fréquences pour faire en sorte qu’elles soient meilleures, qu’elles aient les meilleures capacités et le meilleur confort d’écoute pour les auditeurs.
Certaines radios indépendantes regrettent que le Plan de fréquences favorise les réseaux…
C’est toujours un peu le débat. Deux tiers des fréquences ont été données aux éditeurs commerciaux, ce sont les réseaux ; et un tiers pour les radios indépendantes. Notre pays est compliqué avec une frontière linguistique, des compétences partagées et complexes. Nous avons réussi à équilibrer les choses par ce partage 2/3-1/3. Il faut qu’il y ait un paysage qui soit diversifié, avec un pluralisme des médias. On ne va pas commencer polémiquer sur le fait que les réseaux ont reçu de meilleures fréquences. Il faut aussi préciser que les réseaux sont des opérateurs importants, qui doivent bénéficier de ressources publicitaires pour fonctionner. Ils représentent tout un pan de l’économie audiovisuel. J’insiste sur le fait que nous n’avons jamais méprisé les radios associatives et indépendantes. Je les ai reconnues comme radios « associatives et d’expressions » et en plus, je les finance au nom de ce statut.
Certaines radios ont reçu des puissances ridicules. Pour pouvoir émettre dans de bonnes conditions, elles vont devoir enfreindre la loi ?
Maintenant que le Plan de Fréquences va aboutir et avec les possibilités d’optimisations, il est clair que la police des ondes pourra faire son travail. J’ai négocié au niveau du Comité de concertation entre le Gouvernement fédéral et les entités fédérées, le fait de ne pas encore mettre en place la police des ondes avant que l’on ait terminé l’ensemble de la procédure. C’est-à-dire, le délais de 18 mois pour la mise en place des radios. A partir de fin mars ou au début avril, l’IBPT pourra constater et poursuivre en cas de dépassement.
10w et 20w, c’est intenable pour faire fonctionner une radio…
C’est vrai, mais ce n’est pas moi qui décide des capacités. Un Plan de Fréquences, c’est une structure dans laquelle on dispose de fréquences avec des caractéristiques différentes. Certaines sont meilleures que d’autres, c’est le cas aussi pour les réseaux. Si vous regardez les réseaux communautaires, le premier est mieux fourni que le C2, et que le C3… Ces caractéristiques techniques, je ne les ai pas inventées, j’essaie d’adapter ce cadastre aux caractéristiques disponibles, avec une volonté de les augmenter le plus possible pour que les opérateurs puissent fonctionner convenablement.
La RTBF ne faisait pas partie de du Plan de Fréquences, pourquoi ?
Il faut comprendre que la RTBF possède des missions de service public, avec un cahier de charges très précis sur les objectifs qu’elle doit remplir. On ne peut pas traiter la RTBF, comme on pourrait le faire avec d’autres opérateurs. Ce n’est pas pour cela que la RTBF est mieux lotie puisqu’elle a des obligations d’opérateur public. Pour la RTBF, selon la réglementation en vigueur en Communauté française, ses fréquences sont annexées au Contrat de Gestion. Nous avons tout de même procédé à des échanges de fréquences entre la RTBF et les fréquences allouées aux opérateurs privés. Mais le privé possède toutes les capacités pour fonctionner correctement.
« Ciel Radio » n’est toujours pas sur les ondes. Que comptez-vous faire ?
J’ai comme vous, constaté que le service « Ciel » n’a pas encore été mis en service et en même temps, je n’ai aucune marge de manœuvre. Le législateur a prévu qu’il y ait un délais pour la mise en route du service. « Ciel », a obtenu un réseau, mais n’a pas encore mis son service en fonction. Le CSA s’en est ému, il a questionné « Ciel ». Des échanges ont eu lieu et le CSA considère qu’il y a une non-conformité avec le décret par rapport à la mise en service de « Ciel ». L’éditeur a dû répondre à ses griefs et a indiqué que la mise en onde sera reportée sans donner le moindre délai. En avril 2010, au maximum, si les choses ne se sont pas mises en place, il y aura une difficulté que le CSA devra poursuivre, voire sanctionner.
Vous parlez de sanctions, mais comment sanctionner un opérateur qui n’ « existe » pas ?
Là, je vous renvoie au Président du CSA, à Marc Janssen, qui vous dira sans doute ce qu’il a derrière la tête par à la non-conformité de l’éditeur « Ciel ». Selon le décret, une radio qui n’émet jamais alors que le délai est éteint, la fréquence redevient disponible. C’est la même chose pour un réseau. Le CSA devra au moment venu, interpréter le décret pour faire respecter la réglementation. Pour ma part, vu qu’il y a des opérateurs qui ont dû couper leur émetteur, ce qui est toujours malheureux. Même si le Plan FM 2008 a abouti, derrière, il y a un projet économique et social qui disparaît. Voir fermer des radios, c’est triste !
Vous ne craignez pas que si « Ciel » ne démarre pas, « BFM » ou encore « Mint » ne se retournent contre vous ?
Quand le CSA a attribué les réseaux, il l’a fait avec beaucoup de rigueur et de sérieux, sur bases de critères liés à la réglementation existante et en toute objectivité. Me concernant, me poursuivre ou me critiquer, ça a déjà été fait dans les médias. Je suis une femme « publique » ce n’est pas un souci, mais je n’ai pas la marge de manœuvre et ce n’est pas non plus moi qui autorise les opérateurs. Si le réseau « Ciel » ne se met pas en place, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel devra redistribuer les cartes.
> Demain, les télés locales et la TNT seront au menu de la deuxième partie de notre entretien avec la Ministre Fadila Laanan.
Propos recueillis par Pierre Bertinchamps
pierre@tuner.be
Photos : © Alexis Haulot