Francis Lemaire se souvient de la création de Radio Contact. Interview exclusive !
Il y a trente ans, Francis Lemaire lançait un nouveau son sur la FM bruxelloise, Radio Contact, avec une bande de copains: Freddy Neyts, Pierre Houtmans et Catherine Servaes. Une petite radio bruxelloise qui est aujourd'hui devenue la première radio musicale de la Communauté française. En exclusivité pour Tuner, Francis Lemaire se souvient du lancement de Radio Contact et partage avec nous ses meilleurs souvenirs depuis Tenerife où il réside désormais avec son épouse.
Il y a 30 ans naissait Radio Contact. À quand remonte votre passion et votre intérêt pour la radio ?
C’était d’abord une passion de la technique, un an auparavant j’ai construit moi-même un émetteur et avec une bande de copains on a commencé une radio car je trouvais que les radios de l’époque (RTB et BRT) ne pensaient qu’à informer et ne laissaient que très peu de place au divertissement
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Quels souvenirs gardez-vous de Relax, radio koekelbergeoise sur laquelle vous avez débuté ?
Une radio non organisée dans des locaux insalubres où j’ai débarqué pour aider au niveau technique et à la mise en place d’un nouveau studio.
Comment est née Radio Contact ?
Quand je suis revenu des sports d’hiver, c’était le foutoir chez Radio Relax, j’ai démonté la partie émission, récupéré la partie du studio qui m’appartenait et j’ai réuni quelques personnes de mon entourage pour concevoir une radio de divertissement, organisée, avec un horaire de 6h00 le matin à 24h00 tous les jours, avec un produit constant et bilingue à Bruxelles. J’ai cherché un appui politique nécessaire au développement à cette époque, j’ai donc été trouver le bourgmestre de l’époque, Monsieur Van Halteren, libéral comme moi, qui m’a mis en contact avec Pierre Houtmans et Freddy Neyts car le parti libéral voulait arrêter le monopole de la RTBF et avoir plus de diversité dans le paysage audiovisuel de l’époque.
C’est le 22 février 1980 que le premier programme musical était diffusé à Bruxelles sur Radio Contact. Dans quel état d’esprit étiez-vous, ce jour-là ?
On a roulé partout dans Bruxelles et en province pour voir jusqu’où passait l’émetteur et la qualité du son et de la réception. J’étais très content car ça passait super bien, en stéréo, avec du bon son et un bon programme. J’étais surtout attentif au côté technique à ce moment là.
Comment aviez-vous sélectionné les disques à jouer sur antenne ?
En me basant sur les hits parades du moment et en y ajoutant tous les 2 disques un très bon « souvenir ».Depuis le début, j’ai voulu une radio facile à écouter par le plus grand nombre de gens possible et amener de la bonne humeur.
Quelles étaient les ambitions de Radio Contact ?
Divertir et mettre les auditeurs de bonne humeur. Au départ, c’est une mouette qui avait été choisie pour représenter Radio Contact. Et pourtant, c’est un joyeux dauphin qui donnera ses lettres de noblesses à Contact …La mouette faisait allusion aux « ondes » mais n’était pas très sympa. Monsieur Van Halteren connaissait quelqu’un qui dessinait bien et nous a fait gentiment un nouveau logo : « le dauphin » car il trouvait que cet animal était bien sympathique et avait le sens du contact. A l’époque, nous vendions des autocollants pour se faire un peu d’argent et dès que ceux-ci représentèrent le dauphin, les ventes ont explosées. Et nous l’avons gardé !
A sa création, quel était le budget de fonctionnement de Radio Contact ?
Le budget était alors de 12.000 francs belge (300 euros) par mois.
Au lancement de Radio Contact, où était situé votre studio ?
Juste en dessous de notre pylône, Boulevard Mettewie à Molenbeek, au 25ème étage dans une chambre de bonne.
Quels sont les premiers animateurs qui ont contribué au succès de Radio Contact ?
Jonathan Pie, Ricky Fox, Coco Van Babbelghem, Marco la lune, Marc du Mat, Dominique Chevalier, Julie, Marion Lemesre, Bernard Olivier et Animal le technicien.
Entre 1980 et 1986, Contact a fait l'objet de 16 saisies. Cela ne vous a jamais découragé ?
Jamais découragé ! (Sourire) Je ne peux pas le dire mais ça nous a toujours forcé à réagir rapidement pour assurer la continuité de la radio, nous avons toujours eu le soutien de nos auditeurs qui nous donnaient de l’argent pour pouvoir racheter les émetteurs. On ne peut pas s’imaginer l’engouement des gens à l’époque, c’était la folie ! Deux ans avant que la publicité ne soit légalisée à la radio, Contact diffuse, le 1er juin 1983, les premiers spots publicitaires belges. À nouveau, vous n’avez jamais eu peur d’être au-dessus des lois… Il fallait faire évoluer la loi et si on avait dû attendre une loi autorisant les radios libres, on n’aurait jamais démarré. J’ai donc un peu « forcé la main » des politiques. Idem pour les spots publicitaires, il fallait trouver un moyen de financement indépendant pour faire des programmes de qualité alors que c’était la RTBF qui empochait la taxe redevance radio.
C’est à vous que l’on doit le premier système de playlist en radio. Comment en avez-vous eu l’idée ?
Encore une fois mon côté technique et ma volonté de professionnalisme m’a fait concevoir un système de playlist. Au début, chaque disque avait une couleur dans un bac en plastique pour éviter les apriori et les enchaînements systématiques des animateurs qui n’en faisaient qu’à leur tête. (Sourire) Ensuite en 1988, j’ai inventé le DSC, Digital Station Controler, un ordinateur révolutionnaire qui pouvait restituer les sons des pubs et des jingles de manière numérique. Les playlists automatisées basées sur cd-rom sont nées en 1991.
En 2001, que vos associés Pierre Houtmans et Freddy Neyts revendent leurs parts. Comment avez-vous vécu leur décision ?
J’étais devant un fait accompli et j’ai du m’endetter fortement pour pouvoir garder ma majorité. J’ai tout risqué à l’époque et aurait pu tout perdre car je croyais dans ma radio mais j’ai eu raison.
Aujourd’hui, êtes-vous encore en contact avec eux ?
Du jour au lendemain, je n’ai plus eu de contact avec eux. Je le regrette, mais c’était leur choix !
Que devient votre frère Patrick Lemaire, qui réalisait l’habillage des radios du groupe Contact ?
C'était « Animal » à l’époque ! Il continue toujours à travailler pour la radio, toujours à produire l’ensemble de l’habillage et des promotions de l’antenne.
Lorsqu’on sait que d’autres radios comme Contact 2 ou Contact Plus sont nées après Radio Contact, et que ces radios ont aujourd’hui disparues. Quel est votre sentiment ?
De la tristesse. Qu’on aie donné les licences à des radios pour les immigrés au détriment de Contact+, par exemple, qui ne voulait que divertir les gens plus âgés auxquels on ne pense jamais, sans vouloir faire de profit. Ce ne sont que des intérêts électoralistes de la ministre de l’audiovisuel. Il faut le pluralisme et une radio pour les gens de culture étrangère mais de là à en donner une par nationalité !
Toutes les fréquences du réseau Contact Vlaanderen ont été vendues à Club FM. La radio c’est une page que vous avez définitivement tournée ?
La radio en Flandre pour un francophone n’est pas possible. J’ai préféré céder les fréquences à des anciens collègues et animateurs de Radio Contact Flandre. Dans la partie francophone du pays, je reste actionnaire mais plus dans la gestion quotidienne, je reste toujours à leur disposition pour partager mon expérience.
Quelle(s) radio(s) écoutez-vous à Tenerife?
Los 40 Principales, format identique à Radio Contact.
De quoi se composent désormais vos journées ?
La gestion de mes différentes sociétés, l’éducation de mes deux plus jeunes enfants, la création de nouveaux projets, et la question quotidienne à Tenerife que je pose à ma femme : « sur quelle terrasse on va aller manger ce midi » ?
Propos recueillis par Nicolas Dewaelheyns
nico@tuner.be
Photo: DR